écoute/machine
ECOUTE/MACHINE, dispositifs en attente :
Enterrons cette idée.

En pensant au rapport entre la machine et sa perception dans un
environnement donné, je suis en train d'imaginer un mode d'action à
expérimenter dans PLOT, une manière d'inscrire une intention
directement dans la durée.
Nous avions évoqué le principe du piège au début de PLOT, voici la
proposition d'une situation dont l'ossature est un piège. C'est aussi
une manière de revenir sur les TAZ et leur passé dans la piraterie,
comme si enterrer un trésor c'était s'armer de temps pour combattre...

Pour cette journée PLOT, je propose que nous nous armions d'un peu de
temps pour enterrer des dispositifs soit actifs (en attente) ou bien
passifs (en attente d'autre chose), et penser, discuter, s'hasarder
dans une temporalité proche de celle de la programmation, qui tente une
incursion dans l'inconnu : le futur.
Programmer c'est enterrer du sens pas trop profond.

Qu'allons-nous enterrer?
Pour combien de temps?
Qui va le déterrer?
Qu'allons-nous déterrer?
Qui va nous déterrer?
et ainsi de suite.

Voici d'ailleurs un début de réflexion soumis à la communauté pour
complétations et réfutations :

Cette proposition rend furtive une structure potentiellement active, et
pose la question de la perception d'une forme abstraite dans un
contexte. Cette perception à la fois naïve et intentionnelle
(pourrait-on dire 'disciplinée' ?), je propose de l'appeler "ECOUTE".
Le terme 'écoute active' vient des propositions expérimentales des
compositeurs et artistes acteurs de ce que mickael Nyman nomme "musique
contemporaine" (morton feldman, john cage, steve reich,...) et de la
prise en compte du public dans la matière-temps de l'écoute. c'est
d'ailleurs ainsi que l'on peut considérer que l'on passe de la musique
au son (en pensant l'espace temps comme une matière à part entière).
Cette notion s'étend pour moi bien au delà du son à tous les domaines
de perception en temps réel. (pour faire vite)

Le dispositif enterré, toujours déjà là, à la fois abstrait et actif
répond à une logique en attente. Il s'agit d'une sorte de piège. Je
propose ici de considérer ces attributs comme constituant un début de
définition de la machine et ainsi d'appeler ce piège "MACHINE".
En lisant le très bon livre de Jean-Claude Beaune "L'automate et ses
mobiles", il me semble qu'il serait judicieux de considérer ces pièges
comme des automates (Il y a ici une question d'échelle de la machine,
ainsi, JC Beaune écrit :"l'horlogerie mécanique et monumentale
n'indique pas le temps humain, elle le fait et le fait vivre")

En mettant en place cette machine souterraine, j'inscris dans un
contexte existant une mécanique qui doit réagir à une situation pour se
mettre en branle.
L'ensemble des contraintes qui la constituent impose un temps qui n'est
pas directement celui du lieu dans lequel nous sommes sensés être. Ce
temps est déjà formaté par l'idée de retour, c'est un temps abstrait,
appliqué à une situation (ou la constituant?).

Pris dans cette machine, et n'ayant pas tous les éléments en main,
notre écoute est ancrée dans un temps qui n'est déjà plus le temps
effectif du contexte dans lequel nous semblons embarqués.
En ce sens, cette machine parallèle prend la main sur notre temps de
perception. Ce temps c'est précisément le temps de la décision
nécessaire dans une écoute active, il constitue à ce moment là l'espace
de liberté, la durée intentionnelle de l'écoute.
En jouant sur cette durée, la machine conditionne notre écoute, fait du
contexte un autre contexte, nous prend de vitesse.
La machine constituée ici, n'a pour but que de pousser l'écoute un peu
plus loin, stimuler les possibles dans un constexte définit, repenser
en acte la fabrication d'une situation expérimentale et artistique.

Mais pour étendre le cercle des intuitions, émettons l'hypothèse que le
fonctionnement de cette machine là ne diffère pas de celui des autres
machines qui nous entourent. J'englobe - ici un peu vite - dans le lot
des machines abstraites, les machine numériques, les machines
économiques, les machines sociales telles qu'elles se développent
aujourd'hui dans un univers cohérent.
Cette réflexion me pousse à penser que le contrôle du temps est un
artefacs nécessaire de la machine.
En contrôlant le temps, en prenant de vitesse le sujet en perception,
les machines inventent un temps. Perpétuellement nouveau, ce temps
n'est plus le fruit de la rencontre du sujet et d'une situation, disons
"naturelle", mais une assistance dans la constitution de la durée de
perception.

Une expérience artistique se construit, entre autres, autour de
l'écoute, en tant qu'elle implique le sujet dans un rapport sensible et
actif à la situation vécue. Au cours de l'expérience artistique se joue
bien une part de notre liberté, cette liberté d'écoute (temporelle,
intentionnelle et naïve).
Sans cette prise en main du temps, l'expérience artistique se trouve
amputée de la part d'espace-temps normalement consédée par le public.
En ce sens, une piste de réflexion sur le rapport écoute/machine nous
conduit vers une analyse politico-esthétique des temps d'écoute et donc
des libertés d'écoute.

Il me semble que les machines environnantes (de la micro-informatique à
la macro-économie) offrent un champs infini de terrains de jeux, de
modèles à implémenter, de défis à relever, mais en contre-partie,
contrôlent sciemment le temps de l'expérience et conditionnent cette
part temporelle de la liberté.
Or c'est précisément la faculté de forger son temps au fur et à mesure
de l'expérience qui ouvre la possibilité de l'écoute. Et l'écoute reste
(c'est à prouver celà dit) au coeur de l'expérience artistique.
Il me semble, en regardant la tendance dans l'art qu'il est
manifestement plus judicieux de comprendre la machine et de jouer avec
que de se ménager des temps d'écoute (ça c'est dommage, on passe à côté
de quelquechose).

Plus généralement, on retrouve ce complexe machine/écoute dans le
domaine du travail et la volonté descendante de contrôler le temps des
salariés par l'entretient de la surprise (contrat de travail flexible
ou la rupture de contrat peut se faire n'importe quand). En prenant de
vitesse l'individu, on lui enlève sa capacité d'écoute, de décision, de
pensée.

autour de l'oubli :

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