oubli
par Fabrice et modifié le 2007-09-09 23:34:55 et comme d'hab' -en cours-.

À partir d'une proposition de Daniel Bathelémy, un workshop se dessine à l'école de l'image, Angoulème.
Le contexte initial de cet atelier se définissait plutôt comme un calendrier :
- atelier en deux parties (de quelques jours)
- un espace d'au moins un mois entre chaque partie.

Dans ces contraintes, l'idée de départ tournait autour des valises/machines.
Un imprévu imprévu vient alors bouleverser la proposition, la seconde phase n'est plus possible dans le temps prévu mais devient possible avec une latence plus longue. La seconde partie de l'atelier se trouve renvoyé en octobre, à 6 mois de la première phase (1er,2,3 avril).
Une autre proposition s'impose : utiliser cette durée longue pour tenter d'aborder le rapport qui existe entre les processus programmés et l'oubli.
(ceci rejoint la proposition plot écoute/machine.)

Le moteur de cet atelier est l'oubli. Potentiel ou avéré l'oubli entre dans le rapport que nous entretenons avec l'écriture, le programme, la machine.
L'écriture a été inventée pour réaliser l'histoire (cf Vilém Flusser in "Pour une philosophie de la photographie"), le programme nous permet de soustraire à notre présent les efforts pénibles et les gestes répétitifs, les machines dont on s'emploie à oublier le fonctionnement, incarnent une extension inconsciente de la mémoire.
Comment l'oubli intervient-il dans un programme?
Dans un langage de haut niveau (le java par exemple - avà nave pavas cavonfavondre avavavec lave javavavanavais, hein.), le programmeur ne prend pas en compte la plupart du temps, tous les processus internes à la machine, En assembleur, langage de bas niveau, le programmeur doit compter pas à pas les cycles de processeur consommés par chaque instruction.


Considérons l'hypothèse de l'oubli comme condition d'une expérience esthétique de l'écriture donc du programme. Le temps de l'oubli est celui qui permet d'être surpris par sa propre écriture, d'y rencontrer un autre. L'oubli crée de l'autre et l'autre préexiste au rapport esthétique.

Dans cet atelier OUBL nous tenterons donc de construire des dispositifs à oublier, des systèmes de délai, d'attente, des oeuvres codées dont la clef se perdra au cours des 6 mois de pause.
La question du temps qu'il faut pour oublier une chose que l'on a produite entre dans le mode de fabrication des dispositifs d'oubli.


Diverses manières d'oublier des lettres dans le mot OUBLI:

-> oubli de O,U,B,L et I
O -> oubli de U,B,L et I
U -> oubli de O,B,L et I
B -> oubli de O,U,L et I
L -> oubli de O,U,B et I
I -> oubli de O,U,B et L
OU -> oubli de B,L et I
OB -> oubli de U,L et I
OL -> oubli de U,B, et I
OI -> oubli de U,B et L
UB -> oubli de O,L et I
UL -> oubli de O,B et I
UI -> oubli de U,B,L et I
BL -> oubli de O,U et I
BI -> oubli de O,U et L
LI -> oubli de O,U et B
OUB -> oubli de L et I
OUL -> oubli de B et I
OUI -> oubli de B et L
OBL -> oubli de U et I
OBI -> oubli de U et L
OLI -> oubli de U et B
UBL -> oubli de O et I
UBI -> oubli de O et L
ULI -> oubli de O et B
BLI -> oubli de O et U
OUBL -> oubli de I
OUBI -> oubli de L
OULI -> oubli de B
OBLI -> oubli de U
UBLI -> oubli de O
OUBLI -> oubli de rien


le devoir d'oubli, un rapport oubli/art :

L'art fait ressortir, déterre un sentiment, une vision, un rapport au monde enfoui préalablement voire en train d'être enfoui.
L'oubli permet de redécouvrir de l'autre dans du même. L'expérience esthétique c'est découvrir du nouveau dans l'attente du même.

Un exemple en programmation : les automates cellulaires.
On connaît les règles, elles sont simples (3 ou 4 au plus), mais la nécessité du calcul nous pousse à l'oubli c'est à dire à l'abandon de la confrontation directe avec les processus.Ça reste vrai qu'on opère le calcul ou qu'on le fasse opérer. Dans le premier cas, oublier c'est sombrer dans le calcul,quitter la situation, et dans le second, c'est déléguer à la machine.
En contemplant les générations successives, on devient, dans un même mouvement, spectateur des formes qui émergent et des règles que l'on a déjà intégrées. Cette simultanéité du nouveau et du déjà là constitue une expérience esthétique.
Il en va de même de la rencontre d'une oeuvre. Je partage du commun avec l'artiste, un corps semblable des outils simples (prenez une surface et un crayon); nos limites physiques sont confondues. C'est ce partage qui me rend sensible à ce qui peut apparaître d'imprévu, que j'aurais pu tout aussi bien réaliser moi-même mais que j'avais enterré(ou qui avait été enterré pour moi). L'oeuvre, un possible improbable, me surprend (d'une manière intransitive et transitive). L'individu ne découvre pas seulement ce qu'il a enterré lui-même mais il déterre aussi ce qui est enterré ou a été enterré pour lui.

Une civilisation de perception, de connaissance, de conscience totale ne connaîtrait plus d'expérience esthétique. Contrairement à ce qu'écrit Andrei tarkovski dans 'le temps scellé', l'art ne construit pas de "vérité sprirituelle absolue" mais émerge du nécessaire oubli.

Une mémoire totale est une mémoire anesthésiée (Chris Marker - 'Sans Soleil')

L'art ne révèle donc rien de divin mais joue en temps réel avec les phases enfouies sciemment ou non de la conscience.C'est là sa spécificité et sa faiblesse.
Il est bien compréhensible que l'art subisse une crise dans un monde du toujours déjà là, où la mémoire est permanente, actuelle, accessible directement.
C'est peut-être encore une perspective où le temps réel, s'opposant au direct, vient poser son rapport à l'art.
Le temps réel découle d'une strucure empruntée à la cybernétique, la boîte noire. Le contenu de la boîte noire est délibérement oublié, c'est un oubli logique.

Un art faisant usage du temps réel comme d'un outil est voué à la consommation, à la production d'artefacts qui ne parlent que d'eux-mêmes, des produits mécaniques.
Au contraire, un art du temps réel, en temps réel résonne avec l'ensemble du dispositif. Il révèle une nature de ce qui a été oublié dans la boîte. Par la circulation de l'information entre outputs et inputs, on en apprend sur le dispositif lui-même, on entre dans la boîte en plus d'en percevoir le fonctionnement.
Le rapport esthétique vient encore de la double invention : le déjà connu, déjà oublié et le nouveau, surprenant, déroutant et pourtant familier.

autour de l'oubli :

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