possible
Aux yeux de Bergson, le possible ne préexiste pas au réel, et le réel ne fait pas que réaliser l'un des possibles préexistant. Il y a là une illusion rétrospective qui nous pousse à projeter, après coup, le possible dans le passé, comme ce qui aurait pu se produire, ce qui était déjà là comme une potentialité, comme si ce qui se réalise ne faisait qu'actualiser un possible parmi d'autres, « car le possible n'est que le réel avec, en plus, un acte de l'esprit qui en rejette l'image dans le passé une fois qu'il s'est produit ». Souvenons nous de la belle analyse de Deleuze, dès les premières pages de son petit livre sur Bergson : « Quand nous demandons "pourquoi quelque chose plutôt que rien ?", ou "pourquoi de l'ordre plutôt que du désordre ?", ou "pourquoi ceci plutôt que cela (cela qui était également possible) ?", nous tombons dans un même vice : nous prenons le plus pour le moins, nous faisons comme si le non-être préexistait à l'être, le désordre à l'ordre, le possible à l'existence. Comme si l'être venait remplir un vide, l'ordre, organiser un désordre préalable, le réel, réaliser une possibilité première. L'être, l'ordre ou l'existant sont la vérité même ; mais dans le faux problème, il y a une illusion fondamentale, un "mouvement rétrograde du vrai" par lequel l'être, l'ordre ou l'existant sont censé se précéder ou précéder l'acte créateur qui les constitue, en rétrojetant une image d'eux-mêmes dans une possibilité, un désordre, un non-être supposés primordiaux. » ("Le bergsonisme", chapître premier, "l'intuition comme méthode"). De fait, il nous faut faire un effort véritable pour considérer que le possible désigne ce que le présent génère comme ouverture, que c'est une notion prospective et non rétrospective, que l'existence d'une pluralité préalable de possibles entre lesquels, inévitablement, dans une sorte de choix objectif, un seulement se réaliserait, est un non-sens. Le possible n'est pas un sous ou un sur réel, il n'est que le réel considéré du point de vue de ses potentialités présentes de développement, il est le réel considéré comme surgissement de nouveauté. Bien sûr, on pourra ensuite reconnaître dans le passé les éléments qui ont conduit à cette nouveauté, on pourra lui trouver rétrospectivement des antécédents, on pourra recomposer les bribes éparses qu'elle a maintenant réuni avec une sorte d'évidence. Que l'on considère, par exemple, la façon dont André Leroi-Gourhan interprète l'invention technique. Mais ce n'est là que le jeu de l'inévitable projection du présent sur le passé.
Cf Bergson et le temps réel

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